D’une génération à une autre pour changer le monde – Entretien avec Étienne Balibar

Un temps d’échange organisé par RED Jeunes, Quidam à la Librairie El Ghorba mon amour à Nanterre, le 5 mai 2022.

Rediffusion de l’entretien bientôt disponible

Au lendemain de ce second tour que nous redoutions et que nous avons tant détesté, il s’agit de penser les conflits qui nous traversent dans leur dynamique contradictoire – et prometteuse. Le socle social et politique de la gauche, dont la disparition était proclamée, s’est révélé de nouveau « moteur de l’histoire » dans le contexte d’une mobilisation électorale à la fois hétérogène et sûre d’elle-même.

L’urgence du résultat, la nécessité absolue de battre le Rassemblement National, le choix si difficile mais inévitable d’utiliser le seul bulletin disponible pour ce faire, la projection dans les élections législatives qui viennent, nous font oublier d’insister sur un point : Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont eu très chaud. Peu a manqué pour que ces avatars du néo-libéralisme et du néo-fascisme voient leur fragilité révélée. L’un se reposant sur l’autre, la remise en cause de leur duel confortable apparaît bien comme la donnée principale du moment politique que nous vivons.

Le philosophe Etienne Balibar a appelé « trésor perdu d’une génération » une aspiration révolutionnaire ancrée dans une situation historique, « politisation intégrale », vécue et incorporée. Les transformations des formes d’engagement, l’effondrement des mobilisations traditionnelles, ont constitué un changement de décor radical. Et fait surgir une question que nous définirons comme existentielle : la politique demeure-t-elle la règle des conduites subjectives et des projections collectives dans le vivant ?

La clé de ce renversement semble bien résider dans la possibilité d’une transmission.

De nouveau, une génération semble considérer que « l’heure d’elle-même a sonné ». L’urgence climatique, l’horizon antiraciste, la révolution féministe a constitué un rapport double à la politique, à la fois absolu et tactique. La jeunesse s’est clairement mobilisée, notamment dans ses fractions les plus populaires, pour le programme défendu par Jean-Luc Mélenchon en revendiquant une forme de radicalité. Tout changer, au minimum.

Les critiques à l’égard de cette dynamique (particulièrement et malheureusement venues de la gauche) ont d’ailleurs eu peu de prise, comme si ce qui se passait dépassait les logiques propres du champ politique, comme tournant sur elles-mêmes. Il est extrêmement difficile d’aborder ces phénomènes sans réveiller les disputes terrifiantes qui continuent de secouer la gauche ces temps-ci. Mais nous voulons suggérer que les critiques « injustes » ont discrédité ceux qui les ont formulées mais aussi, sûrement, limité la capacité de l’Union Populaire à mobiliser les abstentionnistes. D’un autre côté, la position de « cible » constituait finalement une forme de garantie : pas dans la (mauvaise) tendance, donc dans la bonne direction. Cette idée trouve son écho dans le soutien du rappeur Rohff qui a pris position pour la première fois de sa longue carrière en partageant la couverture du programme de l’Avenir en commun sur ses réseaux sociaux : « Ya pas le choix, faut voter pour le peuple ». Du matérialisme historique dans le texte.

Là où la culture dite « politique » et « de gauche » imposait une vision focalisée sur les forces sociales et productives et sur leur mobilisation, pour une victoire définitive inévitablement lointaine, la culture politique qui prend progressivement la relève s’ impose comme discipline, comme méthode, et peut-être comme culture un devoir d’ inventaire du présent et une sorte d’ exemplarité d’ attitude : vis-à-vis de la planète, des comportements sexistes potentiels, des discriminations raciales ou sociales… C’ est sans doute une nouvelle grammaire politique qui trouve ici son expression, dans des formes encore en mouvement.

Cette « sensibilité » politique constitue-t-elle pour autant une rupture si profonde avec celle qui l’a précédée ? La lecture proposée ici vise à renouer au contraire les fils en identifiant les éléments de continuité, qui plongent dans une manière de faire de la politique décloisonnée et élargie, jusqu’ à constituer le socle d’une éducation et d’une culture populaires. L’idée qu’une libération personnelle et collective est ainsi possible, grâce à des combats partagés, est une autre dimension de permanence qui témoigne d’une stabilité plus essentielle de la politique comme culture valorisée, qui continuerait à soutenir l’action politique et la création, dans cette action, d’une communauté.

La promesse d’un autre monde réside dans ce processus. Y prendre part, peser sur son orientation, est le mieux que nous avons à faire. Alors nous allons le faire.

Battre Le Pen dans les urnes pour battre Macron dans la rue

Déclaration du collectif d’animation national du 14 avril 2022

Samedi et dimanche derniers, les quartiers populaires, les départements d’Outre-mer et la jeunesse se sont déplacés massivement pour glisser le bulletin Jean-Luc Mélenchon. Des scores historiques ont été réalisés, dépassant souvent les 50 %, dans beaucoup de quartiers populaires du pays. C’est sur cette mobilisation que nous voulons bâtir l’avenir.

Cette dynamique doit se poursuivre lors des élections législatives pour faire élire une majorité de gauche radicale à l’Assemblée Nationale. 

Malgré cette belle mobilisation, pour la deuxième fois consécutive, nous nous retrouvons avec M. Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. L’extrême droite totalise aujourd’hui plus de 32% des suffrages exprimés et n’a jamais été aussi forte dans notre pays. Ce score élevé est la conséquence directe de la propagation des discours racistes et de la légitimation des obsessions identitaires de l’extrême droite par les gouvernements successifs. Le mandat d’Emmanuel Macron en  porte la responsabilité première. Son quinquennat a été marqué par des reculs sociaux et démocratiques accélérés, la répression violente des mouvements sociaux  et un autoritarisme grandissant. 

L’accession de Marine le Pen au pouvoir est aujourd’hui plus que possible. La situation politique que nous devons affronter est certes désespérante, mais nous savons que l’extrême droite est notre premier et pire ennemi. Nous sommes aussi conscients qu’aucune voix ne doit la renforcer ni lui permettre d’accéder au pouvoir.  Dans le cas contraire, nous assisterons au démantèlement de l’Etat de droit et à toutes les conséquences qui en découlent.  «Le verdict des urnes» proclamé par les militants de la Cocarde et de l’UNI hier lors de l’attaque de Science po nous donne un avant-goût de ce que des milliers de nazillons se permettront partout et tous les jours, avec le soutien et la participation d’une police lepennisé et d’un gouvernement d’extrême droite, contre les mobilisations sociales, les racisés, les féministes.

C’est pourquoi, en conscience et responsabilité, fort.es de tous les combats menés ces cinq dernières années contre Macron et son gouvernement, les militants de RED appellent à faire barrage à l’extrême droite dans la rue et dans les urnes le 24 avril 2022. Ensuite, face au quinquennat de tous les dangers, nous prendrons toute notre place au sein des mouvements sociaux qui porteront les mots d’ordres de résistance et de rupture. Nous serons du côté de toutes celles et ceux qui feront vivre les combats pour l’émancipation, la solidarité, l’égalité et la justice. 

À la veille des élections, ouvrons les chemins de l’égalité et de la justice

Liberté, Egalité, Justice, Climat et Paix ;  ce sont les mots qui résonnaient dans les rues françaises aujourd’hui. À la veille des élections présidentielles, la jeunesse s’est retrouvée pour marcher vers le futur qu’elle souhaite élaborer. Des milliers de jeunes ont dit que notre génération n’attendra pas cinq ans de plus pour construire un monde de justice. Nous savons aussi que nous faisons face à la progression brutale du vote d’extrême droite et que chaque jour se renforce l’hypothèse de voir la candidate d’extrême droite gagner l’élection présidentielle. 

Voilà l’impasse politique dans laquelle les gouvernements successifs nous ont enfermé depuis plusieurs années. Ou bien, les cinq années à venir seront celles de surgissement de moments démocratiques dans lesquelles les processus de démocratisation nous permettront de répondre aux catastrophes climatiques, économiques, politiques et sociales. Ou alors, les prochaines années seront celles du renforcement d’un régime politique de plus en plus autoritaire, raciste et oligarchique. 

Face à ce tournant de l’histoire, quel rôle perturbateur pouvons-nous jouer pour déjouer l’impasse à laquelle nous faisons face ? 

La situation ne peut changer et avancer que du côté du mouvement social,  de ce qu’il est et de ce qu’il peut devenir. La période de désespoir et de crises que nous traversons peut susciter des sursauts et des révoltes populaires, y compris dans le cadre de l’élection présidentielle. Des chemins des possibles surprenants peuvent s’ouvrir, comme celui tracé par les gilets jaunes, mais aussi des chemins dangereux, comme la possibilité de voir les forces de l’extrême-droite prendre la tête de notre pays. La question est donc de savoir à quelles conditions nous pouvons vaincre ? 

La première condition est la nécessaire convergence de tous les mouvements en mesure de résister, de s’organiser face à la violence de l’État pour être en capacité de se constituer comme contre-pouvoir puissant. L’alliance historique des mouvements féministes, antiracistes, climatiques, syndicaux – qui mettent au cœur de leurs revendications la nécessaire transformation de l’organisation sociale et politique –  est la clé d’un changement en profondeur des rapports de force d ans notre pays. L’émergence d’une telle perspective d’alliance réside aujourd’hui dans l’élection présidentielle, car elle peut favoriser l’émergence d’une alternative au marasme politique auquel nous sommes confronté·es. C’est le sens politique des marches pour le futur qui s’organisent aujourd’hui partout en France à la veille de l’élection. Cet appel des mouvements féministe, écologiste et antiraciste porte l’espoir de cinq prochaines années de justice, d’égalité et de lutte contre le changement climatique. 

La seconde condition est d’empêcher l’arrivée de l’extrême droite au second tour. Y parvenir, c’est renforcer la capacité d’action de notre camp social et lui permettre d’affronter les années cruciales à venir. Dans le cas contraire, c’est le camp réactionnaire qui se verra renforcé et les chemins choisis pour résoudre les crises seront ceux de la répression brutale, du racisme et de la régression sociale.

 
À chaque élection, ce sont les jeunes, notamment issu·es des quartiers populaires, les pauvres et les potentiels électeurs de gauche qui s’abstiennent massivement. Demain, les jeunes ne doivent surtout pas s’abstenir. Il faut nous mobiliser massivement face au risque du fascisme. Le GIEC l’a rappelé, l’humanité n’a que 3 ans pour inverser la courbe des gaz à effet de serre et éviter une catastrophe irréversible.

Par Manel DJADOUN
Secrétaire nationale de la campagne RED

Ukraine : Vos guerres no more

Vos guerres, no more.

Hier, le président russe Vladimir Poutine a lancé une « opération militaire » d’agression de l’Ukraine. C’est une opération de pure violence qui entraîne la déstabilisation de l’ensemble de la région, et ce, au mépris du droit international.

Nous ne voulons pas que l’humanité soit menacée par un conflit généralisé. Nous refusons que la guerre et ses menaces soient le moyen de réglement des conflits.

Les populations sont les premières victimes des sanctions militaires et économiques.

Nous ne pouvons ignorer la responsabilité de l’OTAN dans l’alimentation d’un conflit qui aurait pu être évité.

Nous sommes et serons toujours du côté de la paix, des civils et de toutes celles et ceux qui se lèvent contre la guerre.

Table ronde / Combattre le racisme, réinventer la citoyenneté, gagner l’égalité

Combattre le racisme, réinventer la citoyenneté, gagner l’égalité

26 février 2022 – 10h30
Salle Saint-Just, Ivry-sur-Seine

Intervenant·es

  • Réjane SENAC, directrice de recherche CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po
  • Edwy PLENEL, président et co-fondateur de Médiapart
  • Sami CHEIKH MOUSSA, responsable du développement chez Réfugiés Bienvenue

Alors que nous sommes à moins de 3 mois de l’élection présidentielle, nous prenons au sérieux le risque de voir un·e candidat·e de l’extrême droite au pouvoir.

Nous l’observons depuis plusieurs années maintenant, notre pays connait une flambée du nationalisme et du racisme.

Si l’extrême-droite est la première force active dans la propagation d’une idéologie prônant la régénération et la pureté de la nation, on constate que le mouvement qui porte cet idéal ne peut être réduit à la seule action de l’extrême-droite. Ces projets sont aussi soutenus par de nombreuses classes sociales, y compris une partie des classes populaires.

Plus largement, les affinités idéologiques d’une grande partie de la classe politique autour des questions nationales, du maintien de l’ordre, de la stigmatisation des musulman·es et des questions migratoires sont indéniables.

Alors, comment mieux comprendre ces alliances idéologiques ? Le nationalisme est-il l’unique condition de structuration du racisme en France ? L’offensive réactionnaire est-elle simplement le fruit de phénomènes de crises économiques, politiques, sociales ? Comment mieux articuler racisme, nationalisme et luttes des classes ?

Enfin, dans un contexte d’attaques des droits et des libertés politiques, pourquoi la question de la redéfinition de la citoyenneté doit être au cœur de nos préoccupations théoriques et pratiques ? Dans quelle mesure la question du droit de cité des étrangers peut être une stratégie de réponse à l’offensive réactionnaire actuelle ? Comment s’engager pleinement dans les luttes contre les idées réactionnaires et l’émancipation humaine.

Conférence / Qui vote pour Le Pen et Zemmour ?

Qui vote pour Le Pen et Zemmour ?
Comprendre la progression électorale et idéologique de l’extrême droite

9 février 2022 – 19h30
Bourse du travail, République

Une conférence organisée par Espaces Marx et RED

Dans presque tous les pays, des options politiques se réclamant de courants nationalistes ont émergé. En France, à quelques mois de la présidentielle les options électorales d’extrême-droite rassemblent près d’un tiers des votants, voire jusqu’à 40% des votants selon certains sondages. Divers concepts sont mobilisés pour expliquer la montée en puissance de cette préférence politique : insécurité culturelle, insécurité économique, crise de l’État-providence, crise de la modernité, peur du déclassement, idéologie du succès, théorie de l’intérêt économique menacé, dualité gagnant/perdant de la mondialisation… La relation entre pauvreté et vote pour l’extrême-droite apparaît au premier abord comme le dénominateur commun à toutes ces explications. Pourtant, elle ne s’est pas systématique ; une frange non négligeable de l’électorat populaire se tourne vers des options de gauche et de gauche radicale. Également, le Portugal et l’Espagne, pourtant en crise économique, ne connaissent qu’une légère apparition de ce type de parti. En Grèce, le parti néo-nazi Aube dorée a même disparu de l’échiquier politique après un procès historique requalifiant le parti en organisation criminelle.
Mais alors, quelles sont les conditions particulières au succès de formations de l’extrême-droite dans l’espace politique ? Si les variables économiques expliquent que partiellement (et donc imparfaitement) une inclinaison politique à l’extrême-droite, que pouvons-nous mobiliser pour dresser une sociologie complète du conglomérat d’extrême-droite ?
Nous vous proposons, lors de cette séance de rendre compte de la complexité de l’émergence de l’extrême-droite en intégrant une variété de dimensions à l’analyse politique. L’histoire sociale et politique, l’Etat-providence, l’état des forces progressistes, le degré de précarisation du marché de l’emploi, les solidarités traditionnelles, la confiance dans les institutions, l’origine migratoire, la présence de (descendant∙e∙s) d’immigré∙e∙s., les inclinaisons idéologiques des forces au pouvoir, les formes du paysage médiatique etc. en tant que structurant les conditions de succès de l’extrême-droite et de la démocratisation de ses idéologies.
La conférence sera aussi l’occasion de s’intéresser aux zones de résistances des groupes populaires qui ne souscrivent pas au vote d’extrême-droite ni aux idéologies xénophobes. Femmes, travailleurs issus de l’immigration, ces groupes entretiennent des relations au monde social qui parfois les prémunissent d’adhérer aux idées d’extrême droite et semblent constituer le « nouveau » socle électoral de la gauche. Nous nous interrogerons sur les stratégies politiques à développer afin d’enrayer le développement des idées réactionnaires et xénophobes et promouvoir les projets politiques progressistes et émancipateurs.

Intervenant·es

  • Violaine Girard – Sociologue, autrice de Le vote FN au village
  • Nicolas Massol – Journaliste à Libération chargé de l’extrême droite
  • Hugo Touzet – Docteur en sociologie, auteur de l’ouvrage collectif Votes Populaires !
  • Lucie Delaporte– Journaliste à Mediapart en charge de la droite et l’extrême droite

Zemmour:  le candidat utile du mouvement réactionnaire

Je pense que le fascisme, malgré toutes ses rodomontades, est la conséquence de l’ébranlement et du déclin de l’économie capitaliste, et un symptôme de la décomposition de l’État bourgeois. Nous ne pourrons le combattre que si nous comprenons qu’il déclenche l’enthousiasme et l’approbation de larges masses sociales qui ont déjà perdu leur sécurité existentielle et, avec elle, toute foi dans l’ordre actuel”
Clara Zetkin 

Éric Zemmour a officiellement annoncé sa candidature à l’élection présidentielle le 30 novembre dernier. Se posant comme celui qui sauvera le peuple Français d’un avenir tragique, il incarne la candidature de celles et ceux qui théorisent le déclin et la fin de la civilisation européenne. Jouissant d’une forte médiatisation, l’extrême-droite tient désormais un autre candidat pour l’élection présidentielle. Si son ascension dans les sondages n’est pas certaine, il nous faut prendre avec sérieux et gravité la menace qu’il représente pour notre pays et son avenir. L’actualité de ces dernières années nous a suffisamment montré que certaines franges de l’État sont prêtes à aller plus loin dans l’autoritarisme: tendances factieuses des syndicats de police, tribunes de militaires appelant à affronter les « hordes de banlieue », vote de projets de lois liberticides. Aussi, le succès de Zemmour entre en résonance avec des dynamiques similaires observées dans d’autres pays comme aux États-Unis ou au Brésil, avec l’arrivée au pouvoir  de figures comme Trump et Bolsonaro, qui ont réussi d’une part à bousculer les organisations de droite dites traditionnelles mais surtout à conquérir le pouvoir par les urnes. Comment  de tels personnages peuvent-ils perturber ainsi le jeu politique? Comment comprendre cette ascension et les raisons d’existence d’une  candidature comme celle de Zemmour ? A qui profite-t-elle ? 

Un autre candidat du patronat 

Zemmour représente une alternative pour certaines franges de la bourgeoisie. Il est sans conteste l’un des candidats en mesure de défendre les intérêts des capitalistes en mettant dans son programme des propositions ultralibérales telles que le  recul de l’âge de la retraite à 64 ans, la baisse des impôts de production, les restrictions budgétaires sur les politiques sociales en privant notamment les étrangers d’accès aux aides sociales (RSA, APL, allocations familiales). Comme l’ont dévoilé de nombreuses enquêtes journalistiques, Zemmour est soutenu par plusieurs donateurs financiers. D’abord le groupe Bolloré qui a construit sa carrière médiatique. À la tête de son équipe on retrouve deux banquiers d’affaires passés chez Rothschild et ex-Fillonistes: Julien Madar, qui s’occupe de la levée de fonds et Jonathan Nadler du  programme économique. En octobre dernier, Charles Gave, ancien soutien de Nicolas Dupont-Aignan et sympathisant de la mouvance identitaire, a réalisé un prêt de 300.000 euros pour financer la campagne de Zemmour. Plus largement il fait graviter autour de  lui de nombreux jeunes, des entrepreneurs, des représentants de la bourgeoisie et des franges libérales. 

Un candidat de l’ordre contre les mouvements pour l’égalité 

C’est à la suite des grandes conquêtes démocratiques que s’organisent et se développent les mouvements les plus violemment réactionnaires, revendiquant, comme leurs noms l’indique, un retour à l’ordre antérieur. Notre période est marquée par d’importants mouvements pour l’égalité et la justice (notamment féministes, antiracistes) qui ont nécessairement conduit à des pertes de privilèges des classes dominantes. Ainsi, en toute impunité, il a pu défendre sur les plateaux télé des théories fascistes comme celle du « grand remplacement », agiter l’épouvantail de la « guerre civile » et assumer des discours sexistes, homophobes et révisionnistes. Lorsque de tels  discours sont impunis, abondamment relayés  et normalisés, des candidatures comme celles de Zemmour deviennent possibles voir même respectables.  Depuis Sarkozy, les débats obsessionnels sur l’insécurité, l’islam, l’immigration, ont pris une tournure médiatico-politique inquiétante et tendent à devenir hégémoniques. Les quartiers populaires, dans lesquels vivent de nombreux citoyens de confession musulmane, font l’objet d’offensives particulièrement violentes sous couvert de rhétoriques néocoloniales. On parle de « reconquête républicaine » pour lutter contre la délinquance et la violence mais aussi pour défendre les droits  des femmes et des minorités sexuelles. Est alors développée l’idée selon laquelle les droits des femmes sont menacés par la présence des hommes étrangers et qu’il faut donc, à ce titre, entrer en guerre contre “l’invasion migratoire”. Il s’agit là d’une rhétorique bien ficelée justifiant la suppression  du droit d’asile, l’abrogation du droit au regroupement familial, la négation des droits aux migrant·es ou encore l’organisation d’ une « remigration ». Ces mesures signeraient la fin d’un Etat de droit et du respect des libertés fondamentales. Plus largement nous assistons à une répression et une criminalisation  généralisée des antiracistes, féministes, écologistes et syndicalistes désignés  comme ennemis de la Nation. Les projets de loi Sécurité Globale et Séparatisme défendus par le gouvernement s’inscrivent dans cette dynamique et  entérinent de nombreuses dispositions liberticides. Elles ont aussi mis à nu les affinités idéologiques d’une grande partie de la classe politique autour des questions de maintien de l’ordre, de la répression des mouvements sociaux, des questions migratoires et de la stigmatisation des musulman·es. Dans les associations, les syndicats, le monde de la recherche, les rédactions, ces lois entravent directement les libertés de celles et ceux qui mettent en œuvre une activité contestataire ou critique vis-à-vis des institutions. Ainsi, le phénomène “Zemmour” n’est que le symptôme d’un mouvement réactionnaire puissant qui cherche à écraser les mouvements pour l’émancipation humaine, les libertés publiques et l’égalité réelle entre les humains. 

Les jeunes sont-ils de plus en plus d’extrême-droite ? 

Notre  jeunesse est loin de se désintéresser de la politique puisqu’elle occupe une place centrale dans les mouvements sociaux actuels. Sous des formes d’engagement nouvelles, les jeunes ont investi les luttes pour la justice sociale et climatique, la démocratie et l’égalité civique. C’est aussi parmi les jeunes que l’on trouve des franges parmi les plus radicalisées et organisées du camp réactionnaire, à l’image des incels ou de Génération identitaire, Génération Z… À ce propos, de nombreux sondages affirment que le Rassemblement National serait le premier parti de jeunesse, ou du moins que celui-ci attire de plus en plus de jeunes. Il est certain que sur toute une série de questions, l’extrême-droite a su s’appuyer sur le complotisme qui se développe particulièrement chez les jeunes pour diffuser ses théories sur l’immigration, l’Europe, les minorités sexuelles… Ce sont notamment les petits groupuscules d’extrême droite de jeunesse, en maîtrise des enjeux de communication sur les réseaux sociaux, qui permettent la diffusion de ces thèses. Cependant, rien ne nous permet d’affirmer que l’électorat jeune d’extrême-droite connaît une massification. 

En réalité, le véritable parti des jeunes est l’abstention. Lors des dernières élections présidentielles, l’abstention chez les jeunes avait atteint un niveau historique: elle était de 34% chez les 18-24 ans et de 40% chez les 25-34 ans. À contrario, l’abstention tombe à 19% chez les 60-69 ans et à 18% chez les plus de 70 ans. Plus généralement, quelque soit l’enjeux des élections, et bien que les élections présidentielles soient moins marquées par l’abstention, la jeunesse ne montre pas d’entrain particulier à participer à ce modèle électoral qui n’apporte pas de réels changements à leur quotidien. Car au-delà des programmes, c’est un nouveau modèle de société qui est revendiquée. Plus active sur les réseaux et donc plus réactive à agir, nous avons vu ces dernières semaines que des mobilisations spontanées pour la mémoire (le 17 octobre pour l’hommage aux victimes du 17 octobre 1961, la journée internationale de la mémoire trans, etc…), pour la justice (mobilisation contre les violences policières, mobilisation contre les violences sexistes et sexuelles, etc …) et contre la banalisation du discours d’extrême-droite qui traque chaque déplacement de Zemmour, comme nous avons pu le voir à Bordeaux ou encore Marseille et hier à Paris en  poussant le candidat à changer le lieu de son meeting. 

Bon nombre d’études ont démontré que l’engagement des jeunes est loin d’être éteint. Il a simplement trouvé de nouvelles formes d’expression comme le volontariat, l’utilisation des réseaux sociaux comme moyen de dénonciation ou de défense du changement social. 

En partant de ce constat, la question est bien celle de la mobilisation des jeunes abstentionnistes autour de l’élection présidentielle. A quelques mois du premier tour, une grande partie de la jeunesse ne se retrouve pas dans les partis et encore moins dans les candidats déclarés. 

Dans un contexte d’urgence, marqué par la crise sanitaire et la montée en flèche des idées réactionnaires, il est vital de permettre aux jeunes de s’organiser et de s’engager dans les luttes pour les libertés et contre les idées réactionnaires. Nous n’avons nul autre choix que celui de lutter pied à pied contre chaque offensive portée à l’encontre des mouvements de libération. Nous sommes de celles et ceux qui refusent un avenir sous le fascisme. C’est pourquoi, au travers de notre campagne, nous nous attellerons à œuvrer sans relâche pour le rassemblement de toutes celles et ceux qui souhaitent lutter contre l’extrême-droite et sa barbarie. 

Manel Djadoun, porte parole de la campagne RED

COP26 : pour la justice climatique, appel à mobilisation le 6 novembre

Chaque année bat un record de hausse de la température mondiale. Chaque année, les catastrophes climatiques se multiplient partout dans le monde. L’été 2021 en est la triste confirmation : incendies, inondations, ouragans, sécheresses, canicules… Les plus pauvres en subissent toujours plus dramatiquement les conséquences, en particulier dans les pays du Sud. La pandémie de la Covid 19 a par ailleurs mis en lumière les impacts irréversibles, y compris sur la santé, des attaques contre la biodiversité.  

Le dérèglement climatique, c’est notre présent à toutes et tous, partout dans le monde. Phénomène global, il appelle des réponses mondiales : baisse massive des émissions de gaz à effet de serre, lutte contre les pollueurs et le système productiviste qu’ils nourrissent, solidarité internationale entre les pays riches et le Sud global, justice sociale et protection des droits humains doivent être les principes directeurs de l’action pour la justice climatique.

Six ans après l’accord de Paris, c’est ce qui devrait guider les États à l’occasion de la COP26 qui se déroulera à Glasgow du 31 octobre au 12 novembre afin de maintenir la hausse des températures en dessous de la barre des 2°C, voire 1,5°C.

Mais, depuis 2016, nos dirigeants en sont encore à discuter des moyens à mettre en œuvre face aux changements climatiques ou à tenter de verdir leurs images, en même temps que celles de nombreuses entreprises multinationales qu’ils soutiennent, sans engagements à la hauteur. Ils soutiennent le développement de fausses solutions, le greenwashing et la fuite technologique, qui, loin de résoudre la crise climatique, empêchent toute transition réelle.

Les gouvernements des pays les plus riches participent ainsi à un véritable crime climatique. 

Nos dirigeants restent sourds aux interpellations, aux pétitions ou aux marches massives à travers le monde. Ils s’assoient sur les rapports du GIEC et les alertes de scientifiques. Ils regardent ailleurs alors que les dérèglements climatiques sont toujours plus nombreux, plus violents et plus meurtriers. Ils criminalisent et ne protègent pas les activistes environnementaux face à une répression qui va jusqu’à des assassinats, certains s’en rendant même complices.

Face à cette inaction climatique, qui devient un véritable crime contre le vivant, c’est aux mouvements populaires, ceux qui défendent les communautés impactées, les peuples autochtones, celles et ceux qui défendent le vivant, aux salarié·e·s et à toutes les personnes convaincu·e·s qu’il faut changer de modèle de production et de consommation de prendre la relève.

Partout dans le monde, la mobilisation citoyenne s’organise : défense des terres et des droits, blocage de projets polluants, actions dans les tribunaux, grèves pour le climat, etc. Elle porte des alternatives et remporte des victoires qui permettent d’enrayer cette machine infernale et de construire ainsi un futur désirable.

En Grande-Bretagne, une coalition de mouvements sociaux et écologistes organise plusieurs jours de mobilisation pendant la COP26 et appelle à des actions partout dans le monde le 6 novembre prochain.

Nous vous invitons à répondre à cet appel en organisant des initiatives, manifestations, rassemblements, actions ou débats publics partout en France autour du 6 novembre. Pour la justice climatique, pour les droits des peuples, pour un autre futur.

Nos mobilisations donneront de l’écho aux mobilisations locales, notamment celles qui appellent à défendre nos terres et nos droits fondamentaux, et aux mobilisations internationales qui entoureront la COP26. 

Premiers signataires :

350.org ;
Action Aid ;
Agir pour l’environnement ;
Amis de la Terre France ;
ALDER Climat Energie ;
Alternatiba 06 ;
Alternatiba Nevers ;
Alternatiba Paris ;
Alternatiba Toulouse ;
Altercarto ;
AITEC ;
Association Cap à Gauche 19 ;
Association Manger Végétalien ;
Assemblée européenne des citoyens AEC HCA-France ;
Association pour la protection des animaux sauvages ;
Attac France ;
Association Cyberacteurs ;
Carré Géo & Environnement ;
CCFD-Terre Solidaire ;
CGT ;
Chrétiens Unis pour la Terre ;
Citoyens pour le Climat (Amiens) ;
Citoyens pour le Climat Nîmes ;
Confédération paysanne ;
Communauté de l’Arche Non-violence et Spiritualité ;
CRID ;
Convergence des Services Publics ;
Collectif du Gâtinais pour la Marche pour le Climat ;
Colibris ;
Droits Environnement et Citoyenneté DEC ASBL ;
Donner du Sens ;
Droit au logement ;
Extinction Rebellion France ;
Escape-jobs pour l’emploi sans carbone ;
Fédération Artisans du Monde ;
France Nature Environnement ;
Fondation Danielle Mitterrand ;
France Amérique latine ;
FSU ;
Geres ;
Greenpeace ;
H20 Congo-Brazzaville ;
Ingré-Ormes 2030 ;
L’Ecologie au centre d’un nôtre ; 
Ligue des Droits de l’Homme ;
Le Mouvement de la Paix ;
La Primaire Populaire ;
Makesense ;
MAN ;
Mouvement national lycéen ;
Mouvement Européen France ;
MIRAMAP ;
Notre Affaire à tous ;
On est prêt ;
Oxfam France ;
Plaisance pour le Climat ;
Purpose Climate Lab France ; 
Penser L’apres ;
Réseau Action Climat ;
SOL, Alternatives Agroécologiques et Solidaires ;
Syndicat Sud PTT de la Mayenne ;
Terra Nostra ;
Unis Pour le Climat ;
Union syndicale Solidaires ;
Zero Waste France ;

Le pardon s’est noyé une soirée d’octobre 61

Refusons l’oubli, exigeons justice 

Il y a 60 ans, le 17 octobre, une manifestation pacifique est organisée par le FLN contre les lois discriminatoires et l’imposition du couvre feu à l’encontre des travailleur·ses algérien·nes. En réponse, Maurice Papon, ancien préfet de police à Constantine et protagoniste actif de collaboration sous Vichy, organise le massacre de centaines de militant·es et sympathisant·es de la cause indépendantiste. Cette nuit là, dans les boulevards de Paris, sur la place de la République, au Pont Saint Michel, au Pont de Neuilly, au Palais des Sports jusque dans la cour de la préfecture de Paris, entre 230 et 300 algérien·nes sont assassiné·es par balles, tabassé·es et jeté·es vivant·es dans la Seine. Le 17 octobre constitue ainsi l’un des moments les plus violents de l’histoire de la Vème République .

Pour les réactionnaires, cette affirmation est si odieuse et terrifiante qu’ils tentent d’empêcher les débats sur la colonisation, refusent de reconnaître son caractère meurtrier, profondément injuste et inhumain. Quant à l’Etat français, il a tenté de taire ce massacre et refuse de reconnaître officiellement les crimes coloniaux. C’est ce que font Macron et son gouvernement en menant une politique de réhabilitation du passé colonial et en mettant au pilori les militant·es antiracistes, ainsi que les universitaires travaillant sur le racisme ou le colonialisme. C’est pourquoi les luttes pour l’accès aux sources et la reconnaissance politique des crimes coloniaux relèvent de la plus haute importance. Ce n’est qu’en affrontant le passé colonial et en combattant le racisme que nous ouvrirons les chemins des communs et de la pleine émancipation. 

Des années 70 aux années 80, ce combat fut d’abord porté par les jeunes français·es d’origine immigrée. Liant cette mémoire avec leurs engagements contre les crimes racistes et policiers, soutenus par le mouvement social, associatif et des historien·es comme Jean-Luc Einaudi, ils obtiennent des actes de commémorations officielles, notamment des municipalités communistes. Comme la génération qui la précède, notre jeunesse porte aussi en elle cette exigence politique. Elle a su se dresser contre les injustices, les humiliations et l’inhumanité que le racisme inflige aux descendant·es d’immigré·es. Par son investissement dans les luttes antiracistes, anticolonialistes et contre les violences policières, elle s’est levée pour briser le silence et obtenir la vérité. Ce 17 octobre, rassemblons-nous nombreuses et nombreux à 12h00, sur le pont Saint-Michel, pour exiger la reconnaissance officielle de ce massacre et de tous les crimes coloniaux, la liberté d’accès aux archives ainsi que la liberté de recherche sur l’histoire coloniale pour que puisse enfin triompher la vérité. 

On ne fait pas nation commune sur les cendres encore chaudes d’une souffrance mise sous silence.

Signataires :

FSE · l’UNL · l’UEAF · Quidam · le FUIQP · le comité pour l’assemblée constituante souveraine · l’association franco-berbère des portes de l’Essone · Etudiants Algériens de France · l’Association des Etudiants Maliens d’Ile-de-France · Femmes Algeriennes pour un changement vers l’égalité · Etudiants Kabyles de France · le Comité justice et Vérité pour Zineb · l’UNEF · Les Jeunes Génération·s

L’extrême-droite fiche ses ennemis

Ce matin, le journaliste Taha Bouhafs révélait l’existence de fichiers listant des musulman·es, des militants associatifs, syndicaux, politiques, des élu·es, des journalistes, et des artistes publiquement engagé·es contre l’islamophobie et pour les libertés. Publiées sur le site d’extrême-droite fdsouche.com – proche de Marine Le Pen et des groupuscules identitaires -, ces listes rappellent les heures les plus sombres de l’histoire de notre pays. 

Ces méthodes de fichage ne sont pas inédites et historiquement, l’extrême-droite s’emploie à construire la catégorie “ennemi”, qui englobe aujourd’hui les habitant·es de quartiers populaires, les citoyen·nes de confession musulmane, les associations antiracistes et féministes, les syndicalistes et maintenant les personnalités politiques de gauche. Pourtant, ni le gouvernement ni le Président de la République ne luttent contre la banalisation des idées d’extrême-droite. Pire, les lois séparatisme et sécurité globale, et les attaques portées par plusieurs ministres à l’encontre de ces groupes légitiment ces pratiques. 

Nous prenons ces menaces au sérieux, et soulignons également qu’elles s’inscrivent dans le cadre d’une offensive contre les libertés fondamentales. Créé il y a deux ans, suite à la marche contre l’islamophobie, ce fichier porte atteinte aux droits fondamentaux sur les données personnelles. En donnant accès à des informations telles que l’appartenance religieuse et politique, il contrevient aux lois sur la liberté de conscience et la liberté religieuse. Le fichage systématique des organismes d’aide aux migrant.es donnant accès aux informations personnelles des organisateur·trices ajoute un caractère xénophobe de cette liste.  

Nous apportons notre soutien à toutes les personnes visées par cette liste et espérons que la plainte collective aboutisse à de réelles sanctions contre fdesouche et ses responsables. 

Plus que jamais nous devons nous mobiliser contre les idées et les pratiques d’extrême-droite.