Des vents de révoltes soufflent sur la France et sur le monde

Par Manel Djadoun, secrétaire nationale RED Jeunes

Le désordre total a régné cet été. Multiplication des catastrophes naturelles comme les sécheresses et les feux, crises énergétique et économique, colère populaire face à l’inflation et à l’inaction du gouvernement, offensive de la droite contre les droits des étranger.es et des plus précaires. Quand des milliers de français.es sont privé.es d’eau potable, meurent au travail en raison de la canicule, n’arrivent pas à boucler les fins de mois, les riches, eux, voyagent en jet privé, augmentent leurs profits en pleine crise d’énergies, disposent de dérogation pour jouer au golf.

La rentrée a été marquée par une offensive violente du gouvernement. Loi immigration, réforme des retraites, réforme de la police, réforme de l’enseignement professionnel, réforme des bourses …. Derrière chacune de ces offensives, une stratégie claire : l’imposition par la force d’un agenda néolibéral brutal et réactionnaire. Macron pense-t-il pouvoir contenir encore longtemps la colère populaire et éviter une révolte sociale ?

Dans de nombreux endroits du monde, la situation politique est explosive et propice au bouillonnement politique. En France, des citoyen.nes organisent l’action directe en signe de protestation : dégonflement des pneus des SUV ; perçage des piscines-spa en pleine sécheresse ; suivi des trajets des jets de milliardaires en pleine crise énergétique. En Angleterre, des milliers de Britanniques menacent de ne plus payer leurs factures d’énergie si le gouvernement ne fait pas baisser le montant. Alors que des mobilisations sociales émergent partout dans le monde, les digues sautent une à une face à l’extrême droite . En Italie, Giorgia Meloni, Présidente du parti néofasciste Frères d’Italie, est en tête des intentions de vote pour les prochaines élections législatives. En Suède, le premier ministre de droite a fait une alliance avec la droite chrétienne et l’extrême-droite afin de battre la coalition de gauche qui lui faisait face. Ces prises de pouvoir s’accompagnent inéluctablement d’une recrudescence des manifestations néo-nazies, dans les stades, dans les rues, dans les universités. 

Dans un contexte de crise généralisée, l’action organisée de chaque composante du peuple de gauche sera décisive. Les difficultés auxquelles nous sommes confrontés sont considérables et les potentiels de transformation sont inédits. Serons-nous capables d’y faire face ? Notre travail consistera à saisir les occasions qui nous permettront de remettre en cause l’ensemble de l’ordre social. Nous exigerons un référendum sur le droit de vote des étranger.es, participerons à l’organisation d’assemblées locales et appellerons à de larges manifestations politiques et syndicales.

Les militant.es RED se tiendront aux côtés de l’ensemble des jeunes qui souhaiteront se mobiliser pour faire tomber Macron et son gouvernement.

Les résultats du second tour nous appellent à collectiviser nos forces

Léa Perotin, secrétaire à l’animation de la campagne RED

Après des semaines de campagne, le verdict est tombé : la NUPES s’en sort avec 131 député.es élu.es. Les militant.es de la campagne RED se sont mobilisé.es dans plusieurs circonscriptions pour faire élire des député.es à même de défendre un projet de rupture et de transformation sociale.

Si ce résultat n’a pas été à la hauteur de nos espérances, nous avons quand même pu déstabiliser le parti présidentiel, qui n’a pas obtenu la majorité absolue. Ses possibilités de gouverner comme il le veut sont donc réduites.

L’abstention, et notamment chez les jeunes (71% pour le second tour), est encore une fois particulièrement haute. Le taux d’abstentionnistes croît à chaque élection, y compris pour les élections nationales, traditionnellement plus mobilisatrices. Exception faite dans les quartiers populaires, qui ont vu plus d’électeur.ices dans les urnes qu’habituellement. Malgré des campagnes intenses et la motivation de nombreux.ses militant.es, y compris dans les quartiers populaires, cela n’a pas suffit à faire élire davantage de député.es de gauche. 

Plusieurs choses sont à noter : ne bénéficiant pas de sièges suffisants, il est probable que les député.es « Ensemble ! » s’allient aux Républicains, voire au Rassemblement National. En effet, nous avons pu entendre ces derniers jours plusieurs figures de LREM être ambiguës sur leur alliance avec l’extrême-droite, qui fait suite à leur complaisance avec les candidat.es RN pendant l’entre-deux tours. 

Pour faire suite, on peut noter le score affolant de l’extrême-droite : 89 sièges, un record dans l’histoire de la Ve République. Macron et son gouvernement, ainsi que l’espace médiatique, ont une responsabilité importante dans cette situation : des années de dédiabolisation et de fascisation des politiques menées ont conduit à ce résultat. Nous le savons, lutter sur tous les plans contre les forces réactionnaires, qui se renforceront avec l’intensification des crises politiques et économiques, est notre première tâche historique. 

La lutte contre les forces réactionnaires ne peut exister sans union de la gauche. Des député.es NUPES de l’Assemblée Nationale, aux collectifs de militant.es locaux.ales, nous ne devons céder aucun terrain aux fascistes et à la bourgeoisie, qui travailleront sans aucun doute main dans la main. Macron cherche déjà à diviser la  NUPES en proposant aux responsables des partis de gauche de gouverner au service de la bourgeoisie. Tout est désormais question de choix politiques. Travailler au compromis avec  la bourgeoisie ou œuvrer au renversement du gouvernement en place ? 

Une fois de plus, il est de notre responsabilité de mobiliser au quotidien nos forces, et ce dans une logique d’intégration des réalités et des revendications des classes populaires. La politique n’est pas qu’une affaire d’élections : il s’agit d’un travail à entreprendre tous les jours, aux côtés de tous les acteurs politiques et associatifs qui oeuvrent à la transformation sociale. 

Notre génération a entre ses mains l’issue des élections législatives

Débâcle sans réserve pour les macronistes. Dimanche, malgré une abstention tenace, la NUPES  a été placée première force politique du pays avec 26,10% des suffrages exprimés au niveau national. La situation politique est radicalement différente de ce qu’on pouvait imaginer il y a six mois. L’existence d’un bloc de gauche uni autour d’un programme de rupture permet d’installer durablement l’affrontement gauche/droite dans le paysage politique et d’affaiblir par la même occasion le poids électoral de l’extrême droite. 

Ne nous y trompons pas, le présidentialisme français et l’inversion du calendrier électoral rendent difficile la mobilisation aux élections législatives. Le 19 juin prochain, l’abstention et le report des voix du RN vont peser lourd pour départager les candidats macronistes et ceux de la NUPES. Les tendances lourdes se sont aussi à nouveau confirmées, notamment l’écart entre le vote des  jeunes et celui des retraités mais aussi entre les centres urbains et leurs banlieues. Une nouvelle fois, la clé du second tour réside dans l’abstention qui touche en priorité les jeunes, notamment celles et ceux issu.es des classes populaires. 

Dimanche, une majorité de jeunes a opté pour l’abstention. 69% des  18-24 ans  et 71% des 24-34 ans ne sont pas allés voter. Ceci est symptomatique d’une déconsolidation démocratique, d’une fracture civique et citoyenne qui touche particulièrement notre génération. Nous savons aussi que notre bloc bénéficie d’un très fort appuis des plus jeunes électeurs. 42% des 18-24 ans ont voté pour la Nupes. C’est un soutien sans équivoque.

Notre génération sait se rendre aux urnes et se mobiliser lorsque les enjeux lui paraissent cruciaux. Il y a deux mois, nous sommes descendus par milliers dans les rues et dans les urnes pour dire que nous n’attendrons pas cinq ans de plus pour construire un monde de justice, écologiste, antiraciste et féministe. 

Ce qui se joue au second tour est historique et crucial pour notre avenir. Le 19 juin nous pouvons gagner si les jeunes reprennent le chemin des urnes. Notre tâche immédiate est de les mobiliser pour faire bousculer les choses. Une semaine pour mettre toutes nos forces et nos énergies pour faire gagner les candidats NUPES, prendre l’Assemblée et changer notre avenir.

Par Manel DJADOUN
Secrétaire nationale du collectif RED

D’une génération à une autre pour changer le monde – Entretien avec Étienne Balibar

Un temps d’échange organisé par RED Jeunes, Quidam à la Librairie El Ghorba mon amour à Nanterre, le 5 mai 2022.

Rediffusion de l’entretien bientôt disponible

Au lendemain de ce second tour que nous redoutions et que nous avons tant détesté, il s’agit de penser les conflits qui nous traversent dans leur dynamique contradictoire – et prometteuse. Le socle social et politique de la gauche, dont la disparition était proclamée, s’est révélé de nouveau « moteur de l’histoire » dans le contexte d’une mobilisation électorale à la fois hétérogène et sûre d’elle-même.

L’urgence du résultat, la nécessité absolue de battre le Rassemblement National, le choix si difficile mais inévitable d’utiliser le seul bulletin disponible pour ce faire, la projection dans les élections législatives qui viennent, nous font oublier d’insister sur un point : Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont eu très chaud. Peu a manqué pour que ces avatars du néo-libéralisme et du néo-fascisme voient leur fragilité révélée. L’un se reposant sur l’autre, la remise en cause de leur duel confortable apparaît bien comme la donnée principale du moment politique que nous vivons.

Le philosophe Etienne Balibar a appelé « trésor perdu d’une génération » une aspiration révolutionnaire ancrée dans une situation historique, « politisation intégrale », vécue et incorporée. Les transformations des formes d’engagement, l’effondrement des mobilisations traditionnelles, ont constitué un changement de décor radical. Et fait surgir une question que nous définirons comme existentielle : la politique demeure-t-elle la règle des conduites subjectives et des projections collectives dans le vivant ?

La clé de ce renversement semble bien résider dans la possibilité d’une transmission.

De nouveau, une génération semble considérer que « l’heure d’elle-même a sonné ». L’urgence climatique, l’horizon antiraciste, la révolution féministe a constitué un rapport double à la politique, à la fois absolu et tactique. La jeunesse s’est clairement mobilisée, notamment dans ses fractions les plus populaires, pour le programme défendu par Jean-Luc Mélenchon en revendiquant une forme de radicalité. Tout changer, au minimum.

Les critiques à l’égard de cette dynamique (particulièrement et malheureusement venues de la gauche) ont d’ailleurs eu peu de prise, comme si ce qui se passait dépassait les logiques propres du champ politique, comme tournant sur elles-mêmes. Il est extrêmement difficile d’aborder ces phénomènes sans réveiller les disputes terrifiantes qui continuent de secouer la gauche ces temps-ci. Mais nous voulons suggérer que les critiques « injustes » ont discrédité ceux qui les ont formulées mais aussi, sûrement, limité la capacité de l’Union Populaire à mobiliser les abstentionnistes. D’un autre côté, la position de « cible » constituait finalement une forme de garantie : pas dans la (mauvaise) tendance, donc dans la bonne direction. Cette idée trouve son écho dans le soutien du rappeur Rohff qui a pris position pour la première fois de sa longue carrière en partageant la couverture du programme de l’Avenir en commun sur ses réseaux sociaux : « Ya pas le choix, faut voter pour le peuple ». Du matérialisme historique dans le texte.

Là où la culture dite « politique » et « de gauche » imposait une vision focalisée sur les forces sociales et productives et sur leur mobilisation, pour une victoire définitive inévitablement lointaine, la culture politique qui prend progressivement la relève s’ impose comme discipline, comme méthode, et peut-être comme culture un devoir d’ inventaire du présent et une sorte d’ exemplarité d’ attitude : vis-à-vis de la planète, des comportements sexistes potentiels, des discriminations raciales ou sociales… C’ est sans doute une nouvelle grammaire politique qui trouve ici son expression, dans des formes encore en mouvement.

Cette « sensibilité » politique constitue-t-elle pour autant une rupture si profonde avec celle qui l’a précédée ? La lecture proposée ici vise à renouer au contraire les fils en identifiant les éléments de continuité, qui plongent dans une manière de faire de la politique décloisonnée et élargie, jusqu’ à constituer le socle d’une éducation et d’une culture populaires. L’idée qu’une libération personnelle et collective est ainsi possible, grâce à des combats partagés, est une autre dimension de permanence qui témoigne d’une stabilité plus essentielle de la politique comme culture valorisée, qui continuerait à soutenir l’action politique et la création, dans cette action, d’une communauté.

La promesse d’un autre monde réside dans ce processus. Y prendre part, peser sur son orientation, est le mieux que nous avons à faire. Alors nous allons le faire.

Battre Le Pen dans les urnes pour battre Macron dans la rue

Déclaration du collectif d’animation national du 14 avril 2022

Samedi et dimanche derniers, les quartiers populaires, les départements d’Outre-mer et la jeunesse se sont déplacés massivement pour glisser le bulletin Jean-Luc Mélenchon. Des scores historiques ont été réalisés, dépassant souvent les 50 %, dans beaucoup de quartiers populaires du pays. C’est sur cette mobilisation que nous voulons bâtir l’avenir.

Cette dynamique doit se poursuivre lors des élections législatives pour faire élire une majorité de gauche radicale à l’Assemblée Nationale. 

Malgré cette belle mobilisation, pour la deuxième fois consécutive, nous nous retrouvons avec M. Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. L’extrême droite totalise aujourd’hui plus de 32% des suffrages exprimés et n’a jamais été aussi forte dans notre pays. Ce score élevé est la conséquence directe de la propagation des discours racistes et de la légitimation des obsessions identitaires de l’extrême droite par les gouvernements successifs. Le mandat d’Emmanuel Macron en  porte la responsabilité première. Son quinquennat a été marqué par des reculs sociaux et démocratiques accélérés, la répression violente des mouvements sociaux  et un autoritarisme grandissant. 

L’accession de Marine le Pen au pouvoir est aujourd’hui plus que possible. La situation politique que nous devons affronter est certes désespérante, mais nous savons que l’extrême droite est notre premier et pire ennemi. Nous sommes aussi conscients qu’aucune voix ne doit la renforcer ni lui permettre d’accéder au pouvoir.  Dans le cas contraire, nous assisterons au démantèlement de l’Etat de droit et à toutes les conséquences qui en découlent.  «Le verdict des urnes» proclamé par les militants de la Cocarde et de l’UNI hier lors de l’attaque de Science po nous donne un avant-goût de ce que des milliers de nazillons se permettront partout et tous les jours, avec le soutien et la participation d’une police lepennisé et d’un gouvernement d’extrême droite, contre les mobilisations sociales, les racisés, les féministes.

C’est pourquoi, en conscience et responsabilité, fort.es de tous les combats menés ces cinq dernières années contre Macron et son gouvernement, les militants de RED appellent à faire barrage à l’extrême droite dans la rue et dans les urnes le 24 avril 2022. Ensuite, face au quinquennat de tous les dangers, nous prendrons toute notre place au sein des mouvements sociaux qui porteront les mots d’ordres de résistance et de rupture. Nous serons du côté de toutes celles et ceux qui feront vivre les combats pour l’émancipation, la solidarité, l’égalité et la justice. 

À la veille des élections, ouvrons les chemins de l’égalité et de la justice

Liberté, Egalité, Justice, Climat et Paix ;  ce sont les mots qui résonnaient dans les rues françaises aujourd’hui. À la veille des élections présidentielles, la jeunesse s’est retrouvée pour marcher vers le futur qu’elle souhaite élaborer. Des milliers de jeunes ont dit que notre génération n’attendra pas cinq ans de plus pour construire un monde de justice. Nous savons aussi que nous faisons face à la progression brutale du vote d’extrême droite et que chaque jour se renforce l’hypothèse de voir la candidate d’extrême droite gagner l’élection présidentielle. 

Voilà l’impasse politique dans laquelle les gouvernements successifs nous ont enfermé depuis plusieurs années. Ou bien, les cinq années à venir seront celles de surgissement de moments démocratiques dans lesquelles les processus de démocratisation nous permettront de répondre aux catastrophes climatiques, économiques, politiques et sociales. Ou alors, les prochaines années seront celles du renforcement d’un régime politique de plus en plus autoritaire, raciste et oligarchique. 

Face à ce tournant de l’histoire, quel rôle perturbateur pouvons-nous jouer pour déjouer l’impasse à laquelle nous faisons face ? 

La situation ne peut changer et avancer que du côté du mouvement social,  de ce qu’il est et de ce qu’il peut devenir. La période de désespoir et de crises que nous traversons peut susciter des sursauts et des révoltes populaires, y compris dans le cadre de l’élection présidentielle. Des chemins des possibles surprenants peuvent s’ouvrir, comme celui tracé par les gilets jaunes, mais aussi des chemins dangereux, comme la possibilité de voir les forces de l’extrême-droite prendre la tête de notre pays. La question est donc de savoir à quelles conditions nous pouvons vaincre ? 

La première condition est la nécessaire convergence de tous les mouvements en mesure de résister, de s’organiser face à la violence de l’État pour être en capacité de se constituer comme contre-pouvoir puissant. L’alliance historique des mouvements féministes, antiracistes, climatiques, syndicaux – qui mettent au cœur de leurs revendications la nécessaire transformation de l’organisation sociale et politique –  est la clé d’un changement en profondeur des rapports de force d ans notre pays. L’émergence d’une telle perspective d’alliance réside aujourd’hui dans l’élection présidentielle, car elle peut favoriser l’émergence d’une alternative au marasme politique auquel nous sommes confronté·es. C’est le sens politique des marches pour le futur qui s’organisent aujourd’hui partout en France à la veille de l’élection. Cet appel des mouvements féministe, écologiste et antiraciste porte l’espoir de cinq prochaines années de justice, d’égalité et de lutte contre le changement climatique. 

La seconde condition est d’empêcher l’arrivée de l’extrême droite au second tour. Y parvenir, c’est renforcer la capacité d’action de notre camp social et lui permettre d’affronter les années cruciales à venir. Dans le cas contraire, c’est le camp réactionnaire qui se verra renforcé et les chemins choisis pour résoudre les crises seront ceux de la répression brutale, du racisme et de la régression sociale.

 
À chaque élection, ce sont les jeunes, notamment issu·es des quartiers populaires, les pauvres et les potentiels électeurs de gauche qui s’abstiennent massivement. Demain, les jeunes ne doivent surtout pas s’abstenir. Il faut nous mobiliser massivement face au risque du fascisme. Le GIEC l’a rappelé, l’humanité n’a que 3 ans pour inverser la courbe des gaz à effet de serre et éviter une catastrophe irréversible.

Par Manel DJADOUN
Secrétaire nationale de la campagne RED

Ukraine : Vos guerres no more

Vos guerres, no more.

Hier, le président russe Vladimir Poutine a lancé une « opération militaire » d’agression de l’Ukraine. C’est une opération de pure violence qui entraîne la déstabilisation de l’ensemble de la région, et ce, au mépris du droit international.

Nous ne voulons pas que l’humanité soit menacée par un conflit généralisé. Nous refusons que la guerre et ses menaces soient le moyen de réglement des conflits.

Les populations sont les premières victimes des sanctions militaires et économiques.

Nous ne pouvons ignorer la responsabilité de l’OTAN dans l’alimentation d’un conflit qui aurait pu être évité.

Nous sommes et serons toujours du côté de la paix, des civils et de toutes celles et ceux qui se lèvent contre la guerre.

Table ronde / Combattre le racisme, réinventer la citoyenneté, gagner l’égalité

Combattre le racisme, réinventer la citoyenneté, gagner l’égalité

26 février 2022 – 10h30
Salle Saint-Just, Ivry-sur-Seine

Intervenant·es

  • Réjane SENAC, directrice de recherche CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po
  • Edwy PLENEL, président et co-fondateur de Médiapart
  • Sami CHEIKH MOUSSA, responsable du développement chez Réfugiés Bienvenue

Alors que nous sommes à moins de 3 mois de l’élection présidentielle, nous prenons au sérieux le risque de voir un·e candidat·e de l’extrême droite au pouvoir.

Nous l’observons depuis plusieurs années maintenant, notre pays connait une flambée du nationalisme et du racisme.

Si l’extrême-droite est la première force active dans la propagation d’une idéologie prônant la régénération et la pureté de la nation, on constate que le mouvement qui porte cet idéal ne peut être réduit à la seule action de l’extrême-droite. Ces projets sont aussi soutenus par de nombreuses classes sociales, y compris une partie des classes populaires.

Plus largement, les affinités idéologiques d’une grande partie de la classe politique autour des questions nationales, du maintien de l’ordre, de la stigmatisation des musulman·es et des questions migratoires sont indéniables.

Alors, comment mieux comprendre ces alliances idéologiques ? Le nationalisme est-il l’unique condition de structuration du racisme en France ? L’offensive réactionnaire est-elle simplement le fruit de phénomènes de crises économiques, politiques, sociales ? Comment mieux articuler racisme, nationalisme et luttes des classes ?

Enfin, dans un contexte d’attaques des droits et des libertés politiques, pourquoi la question de la redéfinition de la citoyenneté doit être au cœur de nos préoccupations théoriques et pratiques ? Dans quelle mesure la question du droit de cité des étrangers peut être une stratégie de réponse à l’offensive réactionnaire actuelle ? Comment s’engager pleinement dans les luttes contre les idées réactionnaires et l’émancipation humaine.

Conférence / Qui vote pour Le Pen et Zemmour ?

Qui vote pour Le Pen et Zemmour ?
Comprendre la progression électorale et idéologique de l’extrême droite

9 février 2022 – 19h30
Bourse du travail, République

Une conférence organisée par Espaces Marx et RED

Dans presque tous les pays, des options politiques se réclamant de courants nationalistes ont émergé. En France, à quelques mois de la présidentielle les options électorales d’extrême-droite rassemblent près d’un tiers des votants, voire jusqu’à 40% des votants selon certains sondages. Divers concepts sont mobilisés pour expliquer la montée en puissance de cette préférence politique : insécurité culturelle, insécurité économique, crise de l’État-providence, crise de la modernité, peur du déclassement, idéologie du succès, théorie de l’intérêt économique menacé, dualité gagnant/perdant de la mondialisation… La relation entre pauvreté et vote pour l’extrême-droite apparaît au premier abord comme le dénominateur commun à toutes ces explications. Pourtant, elle ne s’est pas systématique ; une frange non négligeable de l’électorat populaire se tourne vers des options de gauche et de gauche radicale. Également, le Portugal et l’Espagne, pourtant en crise économique, ne connaissent qu’une légère apparition de ce type de parti. En Grèce, le parti néo-nazi Aube dorée a même disparu de l’échiquier politique après un procès historique requalifiant le parti en organisation criminelle.
Mais alors, quelles sont les conditions particulières au succès de formations de l’extrême-droite dans l’espace politique ? Si les variables économiques expliquent que partiellement (et donc imparfaitement) une inclinaison politique à l’extrême-droite, que pouvons-nous mobiliser pour dresser une sociologie complète du conglomérat d’extrême-droite ?
Nous vous proposons, lors de cette séance de rendre compte de la complexité de l’émergence de l’extrême-droite en intégrant une variété de dimensions à l’analyse politique. L’histoire sociale et politique, l’Etat-providence, l’état des forces progressistes, le degré de précarisation du marché de l’emploi, les solidarités traditionnelles, la confiance dans les institutions, l’origine migratoire, la présence de (descendant∙e∙s) d’immigré∙e∙s., les inclinaisons idéologiques des forces au pouvoir, les formes du paysage médiatique etc. en tant que structurant les conditions de succès de l’extrême-droite et de la démocratisation de ses idéologies.
La conférence sera aussi l’occasion de s’intéresser aux zones de résistances des groupes populaires qui ne souscrivent pas au vote d’extrême-droite ni aux idéologies xénophobes. Femmes, travailleurs issus de l’immigration, ces groupes entretiennent des relations au monde social qui parfois les prémunissent d’adhérer aux idées d’extrême droite et semblent constituer le « nouveau » socle électoral de la gauche. Nous nous interrogerons sur les stratégies politiques à développer afin d’enrayer le développement des idées réactionnaires et xénophobes et promouvoir les projets politiques progressistes et émancipateurs.

Intervenant·es

  • Violaine Girard – Sociologue, autrice de Le vote FN au village
  • Nicolas Massol – Journaliste à Libération chargé de l’extrême droite
  • Hugo Touzet – Docteur en sociologie, auteur de l’ouvrage collectif Votes Populaires !
  • Lucie Delaporte– Journaliste à Mediapart en charge de la droite et l’extrême droite

Zemmour:  le candidat utile du mouvement réactionnaire

Je pense que le fascisme, malgré toutes ses rodomontades, est la conséquence de l’ébranlement et du déclin de l’économie capitaliste, et un symptôme de la décomposition de l’État bourgeois. Nous ne pourrons le combattre que si nous comprenons qu’il déclenche l’enthousiasme et l’approbation de larges masses sociales qui ont déjà perdu leur sécurité existentielle et, avec elle, toute foi dans l’ordre actuel”
Clara Zetkin 

Éric Zemmour a officiellement annoncé sa candidature à l’élection présidentielle le 30 novembre dernier. Se posant comme celui qui sauvera le peuple Français d’un avenir tragique, il incarne la candidature de celles et ceux qui théorisent le déclin et la fin de la civilisation européenne. Jouissant d’une forte médiatisation, l’extrême-droite tient désormais un autre candidat pour l’élection présidentielle. Si son ascension dans les sondages n’est pas certaine, il nous faut prendre avec sérieux et gravité la menace qu’il représente pour notre pays et son avenir. L’actualité de ces dernières années nous a suffisamment montré que certaines franges de l’État sont prêtes à aller plus loin dans l’autoritarisme: tendances factieuses des syndicats de police, tribunes de militaires appelant à affronter les « hordes de banlieue », vote de projets de lois liberticides. Aussi, le succès de Zemmour entre en résonance avec des dynamiques similaires observées dans d’autres pays comme aux États-Unis ou au Brésil, avec l’arrivée au pouvoir  de figures comme Trump et Bolsonaro, qui ont réussi d’une part à bousculer les organisations de droite dites traditionnelles mais surtout à conquérir le pouvoir par les urnes. Comment  de tels personnages peuvent-ils perturber ainsi le jeu politique? Comment comprendre cette ascension et les raisons d’existence d’une  candidature comme celle de Zemmour ? A qui profite-t-elle ? 

Un autre candidat du patronat 

Zemmour représente une alternative pour certaines franges de la bourgeoisie. Il est sans conteste l’un des candidats en mesure de défendre les intérêts des capitalistes en mettant dans son programme des propositions ultralibérales telles que le  recul de l’âge de la retraite à 64 ans, la baisse des impôts de production, les restrictions budgétaires sur les politiques sociales en privant notamment les étrangers d’accès aux aides sociales (RSA, APL, allocations familiales). Comme l’ont dévoilé de nombreuses enquêtes journalistiques, Zemmour est soutenu par plusieurs donateurs financiers. D’abord le groupe Bolloré qui a construit sa carrière médiatique. À la tête de son équipe on retrouve deux banquiers d’affaires passés chez Rothschild et ex-Fillonistes: Julien Madar, qui s’occupe de la levée de fonds et Jonathan Nadler du  programme économique. En octobre dernier, Charles Gave, ancien soutien de Nicolas Dupont-Aignan et sympathisant de la mouvance identitaire, a réalisé un prêt de 300.000 euros pour financer la campagne de Zemmour. Plus largement il fait graviter autour de  lui de nombreux jeunes, des entrepreneurs, des représentants de la bourgeoisie et des franges libérales. 

Un candidat de l’ordre contre les mouvements pour l’égalité 

C’est à la suite des grandes conquêtes démocratiques que s’organisent et se développent les mouvements les plus violemment réactionnaires, revendiquant, comme leurs noms l’indique, un retour à l’ordre antérieur. Notre période est marquée par d’importants mouvements pour l’égalité et la justice (notamment féministes, antiracistes) qui ont nécessairement conduit à des pertes de privilèges des classes dominantes. Ainsi, en toute impunité, il a pu défendre sur les plateaux télé des théories fascistes comme celle du « grand remplacement », agiter l’épouvantail de la « guerre civile » et assumer des discours sexistes, homophobes et révisionnistes. Lorsque de tels  discours sont impunis, abondamment relayés  et normalisés, des candidatures comme celles de Zemmour deviennent possibles voir même respectables.  Depuis Sarkozy, les débats obsessionnels sur l’insécurité, l’islam, l’immigration, ont pris une tournure médiatico-politique inquiétante et tendent à devenir hégémoniques. Les quartiers populaires, dans lesquels vivent de nombreux citoyens de confession musulmane, font l’objet d’offensives particulièrement violentes sous couvert de rhétoriques néocoloniales. On parle de « reconquête républicaine » pour lutter contre la délinquance et la violence mais aussi pour défendre les droits  des femmes et des minorités sexuelles. Est alors développée l’idée selon laquelle les droits des femmes sont menacés par la présence des hommes étrangers et qu’il faut donc, à ce titre, entrer en guerre contre “l’invasion migratoire”. Il s’agit là d’une rhétorique bien ficelée justifiant la suppression  du droit d’asile, l’abrogation du droit au regroupement familial, la négation des droits aux migrant·es ou encore l’organisation d’ une « remigration ». Ces mesures signeraient la fin d’un Etat de droit et du respect des libertés fondamentales. Plus largement nous assistons à une répression et une criminalisation  généralisée des antiracistes, féministes, écologistes et syndicalistes désignés  comme ennemis de la Nation. Les projets de loi Sécurité Globale et Séparatisme défendus par le gouvernement s’inscrivent dans cette dynamique et  entérinent de nombreuses dispositions liberticides. Elles ont aussi mis à nu les affinités idéologiques d’une grande partie de la classe politique autour des questions de maintien de l’ordre, de la répression des mouvements sociaux, des questions migratoires et de la stigmatisation des musulman·es. Dans les associations, les syndicats, le monde de la recherche, les rédactions, ces lois entravent directement les libertés de celles et ceux qui mettent en œuvre une activité contestataire ou critique vis-à-vis des institutions. Ainsi, le phénomène “Zemmour” n’est que le symptôme d’un mouvement réactionnaire puissant qui cherche à écraser les mouvements pour l’émancipation humaine, les libertés publiques et l’égalité réelle entre les humains. 

Les jeunes sont-ils de plus en plus d’extrême-droite ? 

Notre  jeunesse est loin de se désintéresser de la politique puisqu’elle occupe une place centrale dans les mouvements sociaux actuels. Sous des formes d’engagement nouvelles, les jeunes ont investi les luttes pour la justice sociale et climatique, la démocratie et l’égalité civique. C’est aussi parmi les jeunes que l’on trouve des franges parmi les plus radicalisées et organisées du camp réactionnaire, à l’image des incels ou de Génération identitaire, Génération Z… À ce propos, de nombreux sondages affirment que le Rassemblement National serait le premier parti de jeunesse, ou du moins que celui-ci attire de plus en plus de jeunes. Il est certain que sur toute une série de questions, l’extrême-droite a su s’appuyer sur le complotisme qui se développe particulièrement chez les jeunes pour diffuser ses théories sur l’immigration, l’Europe, les minorités sexuelles… Ce sont notamment les petits groupuscules d’extrême droite de jeunesse, en maîtrise des enjeux de communication sur les réseaux sociaux, qui permettent la diffusion de ces thèses. Cependant, rien ne nous permet d’affirmer que l’électorat jeune d’extrême-droite connaît une massification. 

En réalité, le véritable parti des jeunes est l’abstention. Lors des dernières élections présidentielles, l’abstention chez les jeunes avait atteint un niveau historique: elle était de 34% chez les 18-24 ans et de 40% chez les 25-34 ans. À contrario, l’abstention tombe à 19% chez les 60-69 ans et à 18% chez les plus de 70 ans. Plus généralement, quelque soit l’enjeux des élections, et bien que les élections présidentielles soient moins marquées par l’abstention, la jeunesse ne montre pas d’entrain particulier à participer à ce modèle électoral qui n’apporte pas de réels changements à leur quotidien. Car au-delà des programmes, c’est un nouveau modèle de société qui est revendiquée. Plus active sur les réseaux et donc plus réactive à agir, nous avons vu ces dernières semaines que des mobilisations spontanées pour la mémoire (le 17 octobre pour l’hommage aux victimes du 17 octobre 1961, la journée internationale de la mémoire trans, etc…), pour la justice (mobilisation contre les violences policières, mobilisation contre les violences sexistes et sexuelles, etc …) et contre la banalisation du discours d’extrême-droite qui traque chaque déplacement de Zemmour, comme nous avons pu le voir à Bordeaux ou encore Marseille et hier à Paris en  poussant le candidat à changer le lieu de son meeting. 

Bon nombre d’études ont démontré que l’engagement des jeunes est loin d’être éteint. Il a simplement trouvé de nouvelles formes d’expression comme le volontariat, l’utilisation des réseaux sociaux comme moyen de dénonciation ou de défense du changement social. 

En partant de ce constat, la question est bien celle de la mobilisation des jeunes abstentionnistes autour de l’élection présidentielle. A quelques mois du premier tour, une grande partie de la jeunesse ne se retrouve pas dans les partis et encore moins dans les candidats déclarés. 

Dans un contexte d’urgence, marqué par la crise sanitaire et la montée en flèche des idées réactionnaires, il est vital de permettre aux jeunes de s’organiser et de s’engager dans les luttes pour les libertés et contre les idées réactionnaires. Nous n’avons nul autre choix que celui de lutter pied à pied contre chaque offensive portée à l’encontre des mouvements de libération. Nous sommes de celles et ceux qui refusent un avenir sous le fascisme. C’est pourquoi, au travers de notre campagne, nous nous attellerons à œuvrer sans relâche pour le rassemblement de toutes celles et ceux qui souhaitent lutter contre l’extrême-droite et sa barbarie. 

Manel Djadoun, porte parole de la campagne RED