Le pardon s’est noyé une soirée d’octobre 61

Refusons l’oubli, exigeons justice 

Il y a 60 ans, le 17 octobre, une manifestation pacifique est organisée par le FLN contre les lois discriminatoires et l’imposition du couvre feu à l’encontre des travailleur·ses algérien·nes. En réponse, Maurice Papon, ancien préfet de police à Constantine et protagoniste actif de collaboration sous Vichy, organise le massacre de centaines de militant·es et sympathisant·es de la cause indépendantiste. Cette nuit là, dans les boulevards de Paris, sur la place de la République, au Pont Saint Michel, au Pont de Neuilly, au Palais des Sports jusque dans la cour de la préfecture de Paris, entre 230 et 300 algérien·nes sont assassiné·es par balles, tabassé·es et jeté·es vivant·es dans la Seine. Le 17 octobre constitue ainsi l’un des moments les plus violents de l’histoire de la Vème République .

Pour les réactionnaires, cette affirmation est si odieuse et terrifiante qu’ils tentent d’empêcher les débats sur la colonisation, refusent de reconnaître son caractère meurtrier, profondément injuste et inhumain. Quant à l’Etat français, il a tenté de taire ce massacre et refuse de reconnaître officiellement les crimes coloniaux. C’est ce que font Macron et son gouvernement en menant une politique de réhabilitation du passé colonial et en mettant au pilori les militant·es antiracistes, ainsi que les universitaires travaillant sur le racisme ou le colonialisme. C’est pourquoi les luttes pour l’accès aux sources et la reconnaissance politique des crimes coloniaux relèvent de la plus haute importance. Ce n’est qu’en affrontant le passé colonial et en combattant le racisme que nous ouvrirons les chemins des communs et de la pleine émancipation. 

Des années 70 aux années 80, ce combat fut d’abord porté par les jeunes français·es d’origine immigrée. Liant cette mémoire avec leurs engagements contre les crimes racistes et policiers, soutenus par le mouvement social, associatif et des historien·es comme Jean-Luc Einaudi, ils obtiennent des actes de commémorations officielles, notamment des municipalités communistes. Comme la génération qui la précède, notre jeunesse porte aussi en elle cette exigence politique. Elle a su se dresser contre les injustices, les humiliations et l’inhumanité que le racisme inflige aux descendant·es d’immigré·es. Par son investissement dans les luttes antiracistes, anticolonialistes et contre les violences policières, elle s’est levée pour briser le silence et obtenir la vérité. Ce 17 octobre, rassemblons-nous nombreuses et nombreux à 12h00, sur le pont Saint-Michel, pour exiger la reconnaissance officielle de ce massacre et de tous les crimes coloniaux, la liberté d’accès aux archives ainsi que la liberté de recherche sur l’histoire coloniale pour que puisse enfin triompher la vérité. 

On ne fait pas nation commune sur les cendres encore chaudes d’une souffrance mise sous silence.

Signataires :

FSE · l’UNL · l’UEAF · Quidam · le FUIQP · le comité pour l’assemblée constituante souveraine · l’association franco-berbère des portes de l’Essone · Etudiants Algériens de France · l’Association des Etudiants Maliens d’Ile-de-France · Femmes Algeriennes pour un changement vers l’égalité · Etudiants Kabyles de France · le Comité justice et Vérité pour Zineb · l’UNEF · Les Jeunes Génération·s

L’extrême-droite fiche ses ennemis

Ce matin, le journaliste Taha Bouhafs révélait l’existence de fichiers listant des musulman·es, des militants associatifs, syndicaux, politiques, des élu·es, des journalistes, et des artistes publiquement engagé·es contre l’islamophobie et pour les libertés. Publiées sur le site d’extrême-droite fdsouche.com – proche de Marine Le Pen et des groupuscules identitaires -, ces listes rappellent les heures les plus sombres de l’histoire de notre pays. 

Ces méthodes de fichage ne sont pas inédites et historiquement, l’extrême-droite s’emploie à construire la catégorie “ennemi”, qui englobe aujourd’hui les habitant·es de quartiers populaires, les citoyen·nes de confession musulmane, les associations antiracistes et féministes, les syndicalistes et maintenant les personnalités politiques de gauche. Pourtant, ni le gouvernement ni le Président de la République ne luttent contre la banalisation des idées d’extrême-droite. Pire, les lois séparatisme et sécurité globale, et les attaques portées par plusieurs ministres à l’encontre de ces groupes légitiment ces pratiques. 

Nous prenons ces menaces au sérieux, et soulignons également qu’elles s’inscrivent dans le cadre d’une offensive contre les libertés fondamentales. Créé il y a deux ans, suite à la marche contre l’islamophobie, ce fichier porte atteinte aux droits fondamentaux sur les données personnelles. En donnant accès à des informations telles que l’appartenance religieuse et politique, il contrevient aux lois sur la liberté de conscience et la liberté religieuse. Le fichage systématique des organismes d’aide aux migrant.es donnant accès aux informations personnelles des organisateur·trices ajoute un caractère xénophobe de cette liste.  

Nous apportons notre soutien à toutes les personnes visées par cette liste et espérons que la plainte collective aboutisse à de réelles sanctions contre fdesouche et ses responsables. 

Plus que jamais nous devons nous mobiliser contre les idées et les pratiques d’extrême-droite.

RED : rassemblons nous pour l’égalité et la démocratie

A l’occasion de la fête de l’humanité, des étudiant·es et jeunes communistes ainsi que des militant·es associatif ont lancé une campagne pour le rassemblement, l’égalité et la démocratie. Cette campagne s’inscrit dans un contexte précis: celui de la progression et de la banalisation des idées d’extrême-droite dans la société française et de la remise en cause de nos libertés collectives et individuelles par un gouvernement qui cherche à museler et exclure du champ républicain tous les mouvements de contestations (féministes, antiracistes, syndicalistes et écologistes…) 

Cette campagne se structure autour d’un appel au rassemblement pour l’égalité et la démocratie qui repose sur trois grandes revendications. D’abord le retrait des lois « Séparatismes » et  « Sécurité globale » comme préalable à la construction d’une véritable alternative de justice, d’égalité, de liberté pour endiguer la montée des idées d’extrêmes-droites en France. Ensuite une réforme radicale de la justice et de la police pour mettre fin aux violences policières et aux violences masculines. Enfin une VIème République pour en finir avec ce régime qui confie tous les pouvoirs à un seul homme et qui ne correspond plus aux exigences d’émancipation, de solidarité, d’égalité, de liberté et de justice.

Nous l’avons vu ces dernières années, notre génération est en mesure de porter les combats pour l’émancipation humaine. Elle a été très impliquée dans les mouvements sociaux, notamment au travers des réseaux sociaux et dans des associations de solidarité diverses ( aide aux migrants, maraude, distribution alimentaire…). Dans les mobilisations contre le  racisme et les violences policières, contre les féminicides, pour la justice climatique, ou encore pour la démocratie, elles et ils ont été les plus nombreux·ses à sortir pour la première fois dans la rue ou à s’exprimer sur les réseaux sociaux, notamment pour alerter autour des violences de l’extrême-droite. Cependant, cette mobilisation massive s’exprime souvent sans aucun rapport aux modalités traditionnelles de l’engagement politique et des échéances électorales. Mais alors comment se donner les moyens d’unir  et d’organiser ces jeunes dans une période de mise à distance des organisations dites traditionnelles ? 

Créer et organiser des collectifs pour le rassemblement l’égalité et la démocratie ( RED)

Au travers de cette campagne, nous voulons permettre aux étudiant·es et aux jeunes engagé·es de s’organiser au sein d’espaces qui leur permettent de lutter et d’agir concrètement contre les idées d’extrême droite mais aussi de solidifier les liens entre militant·es politiques, bénévoles associatifs et acteurs et actrices des mouvements sociaux autours des revendications de la campagne.

Dans toutes les universités, les lycées ou les quartiers,  seront créés des collectifs pour le rassemblement et la démocratie afin de défendre les libertés fondamentales.  Au travers de modalités d’actions très diverses, les membres des collectifs pourront faire signer des chartes contre l’extrême droite dans leur lycée, facs et ville, organiser des référendums sur des questions relatives aux libertés fondamentales ou encore gagner le retrait des réglementations sur les tenues vestimentaires des femmes dans les lycées… 

Enfin, dans un  contexte politique difficile et violent, nous voulons faire vivre l’entraide et la solidarité au sein  de ces collectifs. Unir nos forces, nos intelligences et nos volontés est le seul moyen de ne plus subir les reculs imposés par Macron et le camp des réactionnaires. Alors toi aussi, rejoins notre campagne pour le rassemblement, l’égalité et la démocratie. 

Ils ne feront pas taire les guitares

Dans un tweet publié le 11 septembre, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin ordonne aux organisations de gauche de condamner les propos du rappeur Soso Maness sur l’institution policière.

Il n’est pas dans le rôle d’un ministre de dicter aux partis d’opposition leur ligne politique. Gérald Darmanin devrait pour une fois respecter la justice, seule autorité habilitée à dire ce qui contrevient aux lois de notre pays.

Cette prise de position constitue surtout une atteinte grave à la liberté artistique et à la liberté d’expression. De Georges Brassens à Jean Ferrat, la chanson française a toujours parlé librement de la guerre, des injustices, de la police. Gérald Darmanin veut aujourd’hui la museler: il n’y parviendra pas. Notre pays aime l’art, la chanson, la littérature et le cinéma lorsqu’ils sont libres. Le caprice d’un ministre n’y changera rien.

La fête de l’Humanité est un carrefour pour les acteurs et actrices des mouvements sociaux du monde entier, dans leur très grande diversité, et personne n’a vocation à contrôler l’expression artistique qui s’y déploie. Nous apportons notre soutien et notre solidarité aux organisateurs et organisatrices de la fête, ainsi qu’aux artistes qui nous ont permis de nous retrouver dans un esprit fraternel et d’humanité.